Du 9 au 18 octobre se déroulait sur Toulouse et en région le Festival International du Film D’Environnement (FREDD). J’ai pu y voir 2 documentaires et un film de fiction programmés pour l’occasion, dont Soulèvements (Thomas Lacoste, 2025) qui sortira en salle le 11 février 2026.
Objectif : se défaire des clichés
L’œuvre présente le groupe écologiste « Les Soulèvements de la Terre », dissous en avril 2023 par le gouvernement en fonction à ce moment-là. Cette décision avait été prise à la suite d’événements comme la manifestation contre les mégabassines de Sainte-Soline, qui avait alors fait couler beaucoup d’encre, notamment à cause de la violence qui en avait découlé.
Voulant s’éloigner des clichés, le documentaire s’articule dans une présentation à plusieurs voix d’un mouvement intergénérationnel pour lutter contre « l’accaparement des terres et de l’eau, les ravages industriels et la montée des totalitarismes. »
Le casting
L’œuvre a été complexe à tourner, car elle présupposait de mettre en avant des personnes prêtes à (presque) sortir de l’anonymat, pour parler de leur expérience au sein des Soulèvements. Le réalisateur, présent à l’avant-première, nous a expliqué qu’il n’était pas évident pour les interviewés de se présenter face à sa caméra et de lui faire confiance puisqu’il était extérieur au mouvement. Son envie était alors d’anonymiser un minimum les gens. Leurs visages apparaissent, mais pas leurs noms et prénoms. Une manière de « dé-personnifier la lutte ». On peut aussi noter que les personnes interviewées ne parlent pas beaucoup à la première personne. Le casting s’est réalisé dans l’idée de parcourir les territoires, de rencontrer des acteurs et actrices investi(e)s dans une lutte spécifique, ayant en plus des compétences spécifiques qui puissent être mises en lumière.
Sensibiliser, au sens littéral
Le réalisateur, Thomas Lacoste, nous a également expliqué sa difficulté à financer ce type de projets. Car, bien qu’il ne soit pas militant, le film touche à des sujets politiques épineux. En parlant de sa réalisation, il la décrit comme « réflexive et sensible ». Cela éclaircit le choix des duos intergénérationnels, liés soit par les liens familiaux soit par leurs idéaux. Cela donne par exemple lieu à une séquence très émouvante, entre un père et la meilleure amie de sa fille qui se battent contre les retenues collinaires de La Clusaz. Le désir du réalisateur était de « créer un objet filmique qui passe par le sensible pour mobiliser les corps et les affects en dehors du militantisme ».
Déconstruire et informer
Plus de 150 entretiens ont été conduits sur un très court laps de temps, puisque le tournage s’est déroulé sur 6 mois. L’une des ambitions de Thomas Lacoste était « de déconstruire la chimère construite par les médias diabolisant les mouvements écolos ». Il précise qu’il n’était pas dans une démarche d’exhaustivité des luttes, mais plutôt de mise en avant d’individus qui s’intéressent au vivant dans leur territoire. À la base, sans forcément réaliser un film, il voulait surtout réfléchir à des stratégies de défense. Puis le documentaire s’est imposé. Les entretiens ont fait émerger des sujets souvent invisibilisés : greniers à nourriture, cantines, intercantines, mutualisation, autoconstruction de l’outil, autant de thèmes assez peu abordés dans les médias que vous pourrez découvrir en le regardant. Prendre soin de l’humain, comme de l’ensemble du vivant, est un point important des luttes soutenues par « Les Soulèvements de la Terre ». L’auteur du film précise que « la question de la subsistance est absolument indispensable lorsque les mouvements sont très suivis et que la population est nombreuse ».
L’esthétique de la lutte
Bien qu’il ne considère pas son film comme militant, c’est dans l’assemblage du documentaire que Thomas Lacoste se rapproche de l’esthétique de la lutte. Pour cela, il utilise la superposition d’images. Il mêle des représentations de nature (une rivière qui coule, un gros plan sur un animal…) à des vidéos mettant en lumière des actions contestataires. Ces passages, représentant les activistes en action, sont des archives confiées par « Les Soulèvements de la Terre ». Ici, les montages font office de transition entre chaque entretien. Comme une manière de lier, par l’image, la lutte au vivant. Les plans d’ensemble tirés de ces extraits contrastent avec les plans moyens et les gros plans sur les personnes interviewées. Cela symbolise à la fois la vision collective et personnelle de la lutte. Ce qui vient aussi se référer à cette esthétique, c’est le fait de rendre visible l’invisible et de donner la parole aux dominés, afin de transformer le regard du spectateur ou de la spectatrice.
Si vous n’avez jamais assisté aux projections du FREDD, je vous invite à y aller l’année prochaine. C’est une façon de s’intéresser à la question environnementale à travers des fictions et des documentaires choisis avec soin. L’idée du sensible se révèle être le point commun de beaucoup de ces œuvres, bien souvent une manière d’aborder ces questions écologiques plus intimement, de se raconter soi pour mieux se rapprocher des autres. En attendant de pouvoir découvrir ce que nous réservera la prochaine édition du festival, vous pourrez retrouver les films de la programmation dans vos cinémas.
Et, pour en savoir plus sur Soulèvements, rendez-vous sur leur site.



