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Festival Les Animés 2025 : focus sur l’Animathlon 

Vendredi 10 Octobre. 

Le deuxième jour du festival « Les Animés » s’ouvre sur une énergie nouvelle : celle de l’Animathlon, un concept original mêlant collaboration, créativité et esprit d’équipe.
L’Animathlon invite les étudiants en animation de trois écoles différentes – LISAA, e-artsup et ISCID –  à relever un autre type de défi : créer un court métrage en un temps limité, au sein de trois groupes formés pour l’occasion. Cette épreuve favorise la rencontre entre les étudiants, et les plonge dans une véritable aventure collective de création audiovisuelle. Chaque équipe dispose d’un thème, ainsi que de quelques contraintes artistiques ou techniques.
L’Animathlon s’articule en trois étapes. Le matin, les équipes commencent par une phase de recherche et de réflexion autour du thème imposé. L’après-midi se décompose en deux temps forts : le tournage et le montage.  À la fin de la journée, les idées prennent forme à l’écran, et le court-métrage est visionné, accompagné par la musique de Martin Etienne, en préambule du Ciné-Concert La Magie de Karel Zema. 

Photo : Ines Makaci.

Pour enrichir la réflexion autour de ce concept, nous avons eu la chance de converser avec Julie Bonzom-Breda, la directrice de l’école e-artsup qui nous a partagé son regard professionnel et pédagogique.

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous en dire un peu plus sur l’école et les formations qu’elle offre ?

Je m’appelle Julie Bonzom-Breda, je suis la directrice de l’école toulousaine e-artsup. Ils ont dix écoles en France, et moi je dirige l’école toulousaine. On est dans toutes les grandes villes, et le siège se situe à Paris.
En ce qui concerne les parcours de formation, nous en avons trois aujourd’hui.
Il y a le parcours de formation en direction artistique. C’est un parcours qui est orienté sur la communication visuelle, le design graphique. On travaille sur du logo, de l’identité visuelle de site internet, et de la campagne publicitaire.
On propose un parcours en jeux vidéo (non pas pour y jouer mais pour en créer). Durant cette formation, on approfondit toute la conception du jeu, du scénario et de l’idée du jeu, on passe par le game design – ce sont toutes les techniques, la jouabilité du jeu : c’est-à-dire le passage d’un niveau à l’autre etc… Tout ça fait partie de la jouabilité. C’est ce qu’on appelle le game design. Toute la partie technique aussi, la partie « prototypage » du code.
Il y a également la formation cinéma d’animation, c’est ce qui nous amène aujourd’hui ici au festival des Animés. Ce sont nos étudiants dans ce parcours qui sont présents. On leur apprend toutes les techniques liées à l’animation d’un film. Aujourd’hui l’expérience ne sera que bénéfique pour eux parce qu’ils travaillent l’image par image, mais le parcours à l’école en lui-même, c’est de l’écriture de scénario, de la création des concept-arts : les visuels, les personnages, les décors etc… Ensuite on passe à la partie plus technique, où justement on s’occupe de l’animation en 3D, de la création des environnements 3D. La dernière partie, c’est mettre tous les sons, les musiques etc.

Y-a t-il des critères spécifiques pour avoir accès à l’école ?

Le pré-requis pour entrer dans toutes les écoles e-artsup c’est d’avoir le baccalauréat. Ça, c’est pour l’aspect technique. Après, qui peut avoir accès à l’école ? Tous les profils créatifs et curieux. C’est ce qu’on cherche. Les profils qui ont envie d’expérimenter et de tester, mais surtout qui veulent s’intégrer dans ce monde professionnel. Pour l’inscription, on demande des rendez-vous. On propose des rencontres, durant lesquelles les jeunes viennent nous montrer ce qu’ils font déjà. Bien sûr, on ne cherche pas des personnes qui sachent déjà tout faire, parce que le but de l’école c’est de former, mais, ceux qui ont une petite patte graphique, qui aiment dessiner, qui aiment modeler et créer.

Le cinéma est-il une passion qui vous accompagne dans votre travail ou votre parcours créatif ?

Pour tout vous dire, avant d’être directrice de l’école e-artsup, j’étais directrice artistique de métier. J’ai donc travaillé pendant presque quinze ans en tant que directrice artistique indépendante, avec des agences de communication. Je réalisais pleins de supports, de l’identité visuelle : j’étais dans ce petit monde la communication visuelle et je travaillais avec des agences toulousaines et parisiennes, etc. Quand j’ai eu l’opportunité d’entrer à e-artsup, j’ai découvert le monde du cinéma d’animation. Et je me rends compte que les fondamentaux des métiers de la direction artistique, du cinéma d’animation, et de la culture visuelle et créative sont identiques à tous ces métiers. Et depuis que je suis à e-artsup, je découvre le monde du cinéma d’animation et je dois avouer qu’il me passionne beaucoup. C’est beaucoup  de découvertes, j’en apprends tous les jours. Donc, j’avais déjà un pied dans le métier créatif, et hop je bifurque un peu vers les métiers du film d’animation, et c’est très chouette.

Participez-vous à d’autres festivals en dehors du cadre scolaire ? 

On n’organise pas d’événements parce que l’organisation prend pas mal de temps. Mais on y participe. Typiquement, les films que réalisent les étudiants à l’école, on les présente en festival, et on en a pas mal qui sont palmés et qui ont reçu des prix. Récemment, nous avons fait concourir un film en stop motion d’un étudiant – on fabrique des marionnettes avec des décors réels, et on anime image par image à l’aide d’un appareil photo – au festival Les Illuminés à Montpellier, en novembre (2024, ndlr). On envoie souvent les films des étudiants dans les festivals de court-métrage. L’objectif est que nos étudiants soient employables le plus vite possible. 

Les étudiants de votre école ont-ils l’occasion de travailler en groupe dans le cadre de leurs formations ?

Pour les première année, on favorise beaucoup les travaux individuels, parce qu’il faut apprendre les différents métiers qui sont liés au film d’animation. Par contre, petit à petit au cours du parcours, on leur apprend le travail d’équipe. Pourquoi ? Parce que ce sont des métiers où on travaille en équipe, et jamais seul. On s’intègre toujours dans une équipe à un moment donné. Donc, en début de parcours, ils apprennent ces techniques. Il y a deux aspects intéressants dans le travail en équipe.  De un, ils vont développer une expertise et une affinité avec un des métiers de l’animation. De deux, ils maîtriseront tout ce qui est soft skills : le travail d’équipe, l’écoute, la communication, c’est littéralement le savoir-être. Aujourd’hui, ce savoir être professionnel est indispensable et essentiel dans ce domaine.

Quel regard portez-vous sur le concept de l’Animathlon et sur ce qu’il peut apporter aux participants ?

Il est génial sur cet aspect d’apprendre à travailler avec des personnes qu’on ne connaissait pas le matin même. Il va falloir réaliser quelque chose avant la fin de la journée, et qui sera diffusé le soir. Il y a donc une obligation de communiquer, de se respecter, de découvrir l’autre pour mener à bien le projet, tout ça en très peu de temps. Les étudiants sont « testés » et amenés à apprendre à se connaître un minimum, au moins pour travailler. On revient sur les soft skills. Un autre point important est qu’aujourd’hui, les étudiants n’ont pas leurs ordinateurs. À l’école, ils ont le réflexe de travailler avec le numérique. Sauf que l’Animathlon les force à travailler à la main. Ils reviennent aux fondamentaux et à l’essentiel, c’est-à-dire : « Qu’est ce que je suis capable de faire à la main ? avec mes idées ? avec les moyens que j’ai ? » Cette expérimentation donnera un résultat ce soir. L’exercice qu’ils font est donc fabuleuse sur ces deux points-là. 

Et que dites vous du thème imposé ? 

Très souvent, plus le sujet est large, plus il est difficile à traiter. Plus il est restreint, plus il va vous permettre de mettre des barrières, de vous dire « je ne peux pas aller dans cette direction, car je serais hors-sujet et je ne pourrais pas répondre à la question ». Plus il va vous permettre d’être créatif. Vous ne risquez pas de vous égarer dans mille et une idées. Plus il y a d’idées, plus elles sont difficiles à  borner et à matérialiser. Quand on a des barrières, on se dit « je ne peux pas sortir de ce champ là, mais je veux déjà approfondir ce domaine » . Une contrainte est donc essentielle pour qu’on puisse avoir une réponse et un choix de sujet finalisé.


Nous avons par ailleurs sollicité Pauline Naets, enseignante à LISAA, afin de recueillir son témoignage sur son parcours. Comprendre comment chacun construit son chemin dans les métiers de la création permet d’enrichir la réflexion autour de l’Animathlon et de ses enjeux.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je m’appelle Pauline, et depuis 2008 je suis diplômée d’une école qui forme aux métiers du jeu vidéo. J’ai eu la chance de trouver un métier très facilement dans l’industrie du jeu vidéo, et puis petit à petit j’ai bifurqué vers l’industrie aéronautique, puis vers le design d’objet. J’ai dû me rendre compte rapidement après mes études que mes compétences en modélisation 3D pouvaient me servir dans d’autres domaines que le jeu vidéo, et notamment le design d’objet.
En parallèle, on m’a contactée pour enseigner dans des écoles d’animation. Dans les années 2010, j’ai donc fait de l’enseignement et de la production. C’est vraiment en 2018, donc 10 ans après, que j’ai voulu enseigner. Le côté transmission et partage me semblait trop chouette.  J’avais envie d’offrir à la nouvelle génération ce que moi j’avais fait de cool dans ma propre formation, et aussi essayer d’apporter ce qui m’avait manqué. J’ai commencé en tant que prof, et j’ai eu des responsabilités, comme organiser des conférences, faire venir des intervenants de Paris et d’autres pays comme l’Italie. J’ai beaucoup cultivé mon réseau en parallèle, et ça me permet d’amener tout ça là où je travaille. Partout, les écoles sont partantes pour s’ouvrir pour des événements. Ça permet aux étudiants de voir d’autres profils, parce que sur Toulouse c’est difficile de faire de la production d’animation. Il y a des studios : TAT, XBO films… Mais à Paris, c’est différent.
Ça fait 3 ans que je suis enseignante référente de la filière animation à LISAA. C’est une école supérieure privée située à Labège, qui propose des formations en design graphique, en architecture d’intérieur, qui propose aussi un master de direction artistique, et aussi le bachelor animation.
Quand je suis arrivée en 2021, c’était l’ère post-covid. J’avais à faire à un public de jeunes adultes qui avaient du mal à prendre des initiatives. D’une part il y avait un côté « j’aime les jeux vidéos et les dessins animés, alors j’aime rester devant mon écran », mais je pense que le covid a beaucoup empêché d’aller vers l’extérieur et de s’ouvrir au monde. J’essayais donc de travailler sur ces aspects-là, en poussant les étudiants vers des festivals, soit en tant que participants soit en y étant bénévoles, pour à la fois s’ouvrir au monde et étendre son réseau.
C’était compliqué au début, parce qu’il y avait déjà une certaine dynamique dans la classe. Ma mission depuis 4 ans, c’est de redorer le blason de la filière. Grâce à tous les efforts qu’on a pu mettre en place avec l’équipe, à la fois côté enseignement et à la fois pour justement envoyer des étudiants sur des festivals, ça fait 3 ans que des productions de nos étudiants sont sélectionnées pour des festivals.

Qu’est-ce qui a déclenché votre passion pour l’animation ?

J’ai d’abord été passionnée par les jeux vidéo. Durant mes études, un de mes professeurs d’animation avait travaillé à Disney, et il m’a transmis le goût de l’étude du mouvement et de l’anatomie. Ce que j’aimais à la base, c’était imaginer des personnages, et avec ce professeur j’ai pu aller au-delà et imaginer ces personnages bouger. J’aimais tout ce qui touchait à l’anatomie, à la morphologie et aussi au mouvement : comment faire pour avoir un corps qui peut bouger de manière réaliste, et faire en sorte qu’on regarde ce dessin bouger et qu’on y croie ? Ce sont beaucoup de théories qui ont déjà été mises en place par Disney notamment, tout ce qui est l’étude du mouvement, comment faire pour qu’un mouvement paraisse réaliste. Le dessin peut ne pas être réaliste, mais le mouvement peut l’être. Ce sont des histoires d’illusion de mouvement, et on travaille là-dessus.
Quand j’étais ado, je voulais faire du dessin animé. À l’époque, quand j’ai voulu me renseigner sur les formations possibles, il n’y avait pas trop internet. On allait dans des centres d’orientation et d’information, et on m’a dit « ça n’existe pas ce que tu veux faire, tu peux essayer la publicité », et j’ai refusé. Je ne voulais pas designer des pots de yaourt. Il y avait une école à Lyon, qui était super chère, et j’imaginais que mes parents n’avaient pas les moyens de me la payer. En terminale je ne savais toujours pas quoi faire, puis un jour mon père m’a dit « je suis allé à un forum de l’emploi, et il y avait une école de jeu vidéo ». C’est pas de l’animation, mais j’aimais bien les jeux vidéo, alors pourquoi pas ? Je suis donc allée aux journées portes ouvertes, et là j’ai vu des planches de dessin sur les murs, des villages en 3D, et je ne me voyais plus faire autre chose. Bien sûr c’était hors de prix, j’ai dû bosser pour y aller. Je fais donc mes études en 3 ans, je ne les finis pas parce que j’ai trouvé du travail avant à Paris. Le parcours commence trop bien. Paris, c’était pas évident, avec les longs trajets. J’ai travaillé en province, un peu à Toulon. En 2009 j’avais pour projet la réalité augmentée. Les smartphones existaient depuis peu, et mon idée était de filmer avec un téléphone, et ensuite de voir à quoi ressemblaient les châteaux à l’époque. Ce projet n’a malheureusement jamais vu le jour, parce que personne ne fait confiance à une artiste de 21 ans. J’ai des copains d’études qui m’ont contactée et m’ont dit « on bosse dans une boîte à Toulouse qui fait des avions, et ils recrutent ». Voilà comment j’ai découvert qu’avec mes compétences en modélisation 3D, je pouvais trouver du travail dans d’autres domaines. Le projet sur lequel j’ai donc le plus travaillé, c’était de faire des simulateurs d’avion, non pas de vol, destinés à des personnes qui travaillent à bord d’un avion, que ce soient des pilotes ou que ce soient des personnes qui réparent des pannes. Le but était de trouver une panne et de la réparer, autant de fois que tu veux.
Après c’était le mannequinat, j’ai designé des mannequins qu’on peut retrouver chez Undiz. Certes ce n’était pas de l’animation, et ce n’était pas interactif, mais ça m’a fait revenir vers l’anatomie et le « posing ». Avec les mannequins je designais des poses naturelles.
Voilà mon parcours issu du jeu vidéo. J’ai pu mettre mes compétences dans différents secteurs. 

En tant qu’enseignante, faites-vous faire à vos étudiants plusieurs travaux de groupe ?  Travaillent-ils toujours dans le même sens ?

Oui, et forcément il y a des désaccords. Plus on les fait travailler ensemble, et plus chacun apprend à trouver sa place. J’essaie de façon originale de mettre des choses en place. Je m’inspire beaucoup du  « management horizontal ». Je sors des jeux de cartes, des dés, et grâce à ces différents supports que j’utilise, j’essaie de changer de formule pour surprendre, intéresser et intriguer les étudiants. Il y a trois jours, j’ai mis en place un jeu, inventé par les Québécois, dont le principe est de tirer une carte et de raconter une expérience en lien avec le sujet tiré. Les autres joueurs tirent une carte « écoute » et doivent écouter à travers un certain prisme. La personne raconte son histoire, et tour à tour le reste doit, sans jugement ni conseil, restituer ce que l’autre a dit. Ça permet à chacun de se sentir dans un safe space et de se rendre compte qu’on n’est pas seul(e). Ils pensent l’être, mais ils partagent de nombreuses expériences similaires, pour beaucoup liées au passage à l’âge adulte, à l’émancipation, quand les parents te prennent pour un enfant mais veulent que tu te comportes comme un adulte.  Ils se rendent compte qu’ils sont plusieurs à vivre et à subir ces choses-là. Comme c’est la première semaine de cours, c’est un peu la semaine durant laquelle on essaie de faire cohésion pour que justement, quand il y aura des travaux de groupe, ils soient déjà à l’aise pour parler entre eux, parce qu’il y aura déjà eu ces expériences-là. 

Quel est votre avis sur le concept de l’Animathlon ?

Je trouve ça trop chouette, parce que ça permet de faire connaissance avec d’autres personnes qui ont les mêmes passions, ils reconnectent avec des méthodes traditionnelles parce qu’aujourd’hui ils utilisent beaucoup de digital. Il y a aussi des bandits, ce sont les appareils photos accrochés qui vont servir à photographier chacune des images, et c’est une méthode à l’ancienne. Ça leur permet de comprendre d’où vient le métier qu’ils apprennent aujourd’hui. L’Animathlon est un mélange d’histoire de l’animation, de reconnection avec des méthodes traditionnelles, et une occasion de faire connaissance avec d’autres. Le festival dans sa globalité est trop bien : il y a les rencontres professionnelles, les projections le soir. Souvent les étudiants, dans toutes les écoles, arrivent avec le désir de faire du dessin animé par rapport à ce qu’ils consomment, du Cartoon Network, ou des anime. Le fait de venir dans ce genre de festival leur permet de voir d’autres styles, « d’ouvrir leur chakras ». L’Animathlon apporte tout plein de choses. Ça stimule la créativité. Tu donnes une contrainte, et ça te permet de t’accrocher pour broder autour, et développer de nombreuses idées. Une contrainte permet de mettre le pied à l’étrier, de t’appuyer sur quelque chose pour ensuite développer tes idées.

Photo : Ines Makaci.

À la fin de l’épreuve, nous sommes allées à la rencontre de quelques étudiants pour connaître leur ressenti sur le déroulement de l’Animathlon, et l’expérience qu’ils en ont tirée. 

Pourriez vous nous en dire un peu plus sur votre passion pour le cinéma d’animation ? 

Baptiste Montage : Depuis petit, je regarde des films d’animation. J’ai commencé avec les Miyazaki, puis tout ce qui était animation japonaise à la télé, comme One Piece. J’ai toujours adoré l’animation, surtout la technique : quand je regarde un film d’animation, ce qui m’impressionne c’est la dynamique, quand il y a une déformation du corps ou du sujet par rapport à la vitesse et à l’impact, mais aussi le mouvement de caméra. Ça a son charme. 

Eliott Pardoen : Je me souviens très précisément du moment où j’ai compris l’intérêt du cinéma d’animation, et où je me suis dis « ok, c’est pas que du dessin animé ». Je devais être en seconde ou en première, et j’avais vu Les hirondelles de Kaboul au cinéma, et c’était autre chose. Ce n’est pas juste le dessin animé qu’on regarde à la télé le matin avant d’aller à l’école, on est vraiment sur une forme de cinéma. La texture, les traits dans l’animation, la vibration des couleurs, tout y est fantastique. 

Timothée Davila : J’ai toujours aimé le cinéma d’animation. Ça ne m’a jamais laissé indifférent et j’ai toujours été attiré par ce domaine. Il n’y a pas eu de moment spécifique où cette passion s’est déclenchée, elle a toujours été là. 

Camille Edwan :  J’ai toujours adoré le domaine de l’art mais surtout le fait de raconter une histoire, et dans l’animation il y a vraiment cette touche de storytelling. Le design graphique est fait pour la clientèle et la vente. L’animation est la meilleure manière de raconter, pour moi ça va plus loin que la littérature ou juste des peintures et des illustrations. C’est un mélange de cinéma et d’art. 

Ryana Mouhktar : Dans le cinéma d’animation, on rentre dans l’univers de quelqu’un qui a un message à raconter, qu’il le veuille ou pas. Je suis plus team animation que cinéma. Je trouve que les dessins animés à l’ancienne sont beaucoup mieux en termes de storytelling d’ailleurs. Ils n’avaient pas peur de choquer, et c’est ce qui m’a donné envie de donner ma petite voix.

Que pensez-vous du concept de l’Animathlon? Comment l’avez vous vécu ? 

Baptiste Montagne : J’aime bien parce que ça permet de tester de nouvelles choses. Le fait de passer d’un point à un autre, de transformer quelque chose en autre chose tout en y apportant sa touche personnelle, c’est juste incroyable. Tu vois tous les projets des gens, leur façon de penser et de dessiner, et puis c’est bien d’avoir des contraintes dans l’animation. Les gens sont aussi tous agréables, et ouverts d’esprit sur le milieu de l’art.

Eliott Pardoen : Je trouve ça génial, c’est complètement différent de ce que j’ai l’habitude de faire, notamment dans mon projet en ce moment. Plus j’avance dans ce projet, plus je suis dans des phases ou j’adopte des méthodologies de travail très précises. Je travaille en accord avec le son, et je suis censé être dans des analyses à la frame près, avec des micro-détails, et c’est une organisation tellement intense. Durant l’Animathlon on peut, après concertation d’équipe, partir dans un mode d’animation où on ne sait pas ce qu’on va faire. Personnellement, au début, je savais exactement quoi faire comme première image, et après je me suis dit « ok, tout les champs sont possibles », et à chaque fois on réinvente chaque animation, à la frame suivante on se dit « bon, qu’est ce qu’on fait maintenant ? » Et c’est pas prise de tête. C’est chouette parce qu’on travaille la matière, le grain, la couleur, la forme différemment, sans se questionner auparavant, et c’est tellement libérateur.  

Timothée Davila : C’est super parce qu’on rencontre des gens d’autres écoles, et c’est intéressant de voir ce qu’ils font. 

Camille Edwan : C’est super sympa. Ça rapproche plusieurs écoles, donc c’est bien. Je trouve qu’en animation et en art, on manque cruellement de rencontres et l’art devient très individuel. Mais ce qu’il y a de particulier dans le cinéma et l’animation c’est que, au contraire, c’est un travail de groupe, et même pour trouver du boulot c’est beaucoup de contacts et de rencontres, au final. Et même « créativement » parlant, l’Animathlon est très intéressant.  

Ryana Mouhktar : Je l’ai déjà fait deux fois, c’est très fun quand toutes les classes viennent. L’idée, le concept de l’événement est super sympa. Rencontrer des personnes de différents niveaux, faire de la vraie animation traditionnelle, et toucher à comment c’était avant, tout ça permet de prendre une espèce de recul. En soi, l’idée est très cool.

Comment était la dynamique du groupe ? 

Baptiste Montagne : Personnellement j’ai beaucoup de facilité à faire la discussion, mais je sais que dans ce domaine d’art beaucoup de personnes sont repliées sur elles-mêmes. Je trouve que quand tu vas leur parler, tout le monde a ses passions, et on s’entend bien. Le domaine de l’animation est tellement large, et chacun a son style, et ça fait des mélanges. La dynamique est vraiment bien.

Eliott Pardoen : C’était assez homogène dans les idées qui étaient apportées et la volonté de faire des trucs. On est pas tous de même niveau d’animation, parce que la plupart sont en licence et d’autres en master. Il y a certainement des dynamiques de personnes qui prennent le dessus sur d’autres, mais en général je trouve que la plupart ont pu donner leur avis. 

Ryana Mouhktar : Ça allait, mais je sentais qu’ils étaient un peu renfermés, mais c’est la première fois que la majorité fait cette expérience. Au départ, ils ne savaient pas trop comment s’y prendre. Dans la globalité c’était très dynamique. Le plus compliqué c’était le début, parce qu’on doit tous se mettre d’accord sur comment procéder.

Qu’est ce qui t’as le plus inspiré(e) durant l’épreuve ? 

Baptiste Montagne : C’est un petit jeu, un mélange du travail de tout le monde, et le côté improvisation est agréable. Ça t’apprend tellement plus que des exercices où on t’impose de faire quelque chose. C’est bien pour la technique, mais là ça stimule la créativité.  Le thème est tellement large que tu peux faire ce que tu veux avec n’importe quelle couleur. 

Eliott Pardoen : Je pense que c’est le fait de lâcher prise et de me libérer le geste de la main complètement sans avoir peur des conséquences, ni me dire « qu’est ce que ça va rendre ? ». Il n’y a juste pas d’enjeux. Ça me donne trop envie de faire d’autres trucs dans le genre.

Timothée Davila : Je pense que voir le talent des autres m’a beaucoup aidé.

Camille Edwan : Ça m’a inspirée de regarder le travail des autres, ça m’a donné une idée de ce que je voulais faire, surtout que notre projet est influencé par le dessin de tous. 

Qu’est ce qui t’a paru difficile ?

Baptiste Montagne : J’avoue que j’ai dû utiliser du pastel et vu que ce sont des petites images, il y a des détails qui n’apparaissent pas. Il faut également essayer de voir l’image avant-après pour faire ton dessin, sauf que tout le monde en a besoin, du coup c’est pas évident pour la personne. L’organisation est un peu compliquée. 

Eliott Pardoen : Ce qui m’a été difficile c’était le manque de méthodologie, parce qu’on voulait faire un dégradé de couleurs, et le fait de devoir réussir à tous se mettre d’accord sur comment on faisait. C’était difficile de faire comprendre une certaine méthodologie spécifique à toute l’équipe. Et justement, c’est de se dire que ce n’est pas le but d’un animathlon : on fait confiance à toute l’équipe et on a pas à mettre en forme une méthodologie précise.

Timothée Davila : D’utiliser des nouveaux outils, parce que je n’ai pas l’habitude de dessiner sur papier. 

Camille Edwan : Je dirais le timing. On fait ce qu’on appelle un “traditionnel », on a beaucoup moins d’outils qui nous aident à maîtriser l’animation. On ne peut pas voir ce que notre animation donne pendant qu’on la fait. C’est difficile, mais ça a bien rendu, au final. 

Qu’est ce que tu conseillerais à un futur participant de l’Animathlon ? 

Baptiste Montagne : Juste de ne pas se prendre la tête. Pour le niveau par exemple : je sais que ça peut mettre beaucoup de pression à certains qui n’ont pas l’habitude de dessiner, parce qu’à côté il y’a des étudiants en M2. Il ne faut pas oublier que chacun a son niveau, et il faut juste s’amuser, c’est pas grave si on fait un truc « nul ». Tu te fais plaisir et tu essaies quelque chose, et si ça ne marche pas, c’est pas grave. Ton plan dure 3 secondes dans l’animation finale, alors personne ne remarque si tu rates. Ne te sens pas jugé.

Eliott Pardoen : De lâcher le storyboard. On est tellement censé tout réfléchir, revenir sans cesse sur des décisions, et tout ça. C’est le moment de s’éclater, et de sortir des carcans traditionnels de l’animation. 

Timothée Davila : Juste de ne pas réfléchir, et d’essayer de kiffer ce que tu fais. 

Camille Edwan : Le matériel est déjà fourni, mais je conseillerais de ramener du matériel avec lequel on est le plus à l’aise. 

Ryana Mouhktar : De faire un truc simple, c’est très important.  Sois à l’écoute et ne te prends pas la tête. C’est pas censé être parfait. 

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