A Resistance : sororité et nationalisme

Scénario et réalisation de Jo Min-ho

105min | Date de sortie en Corée : 2019/02/27

A Resistance retrace le parcours de Yu Gwan-sun, jeune fille de 17 ans, emprisonnée dans une prison japonaise en 1919, suite à son arrestation pour avoir manifesté le 1er mars 1919 contre l’occupant japonais en Corée, annexé par ces derniers en 1910. Incarcérée dans la prison de Seodaemun, elle et ses co-détenues lutteront jusqu’au bout pour faire vivre la révolte coréenne, malgré la faim, les brimades et la torture. 

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A Resistance est un long-métrage très fort d’autant plus qu’il décrit l’histoire vraie de Yu Gwan-sun, surnommée la Jeanne d’Arc coréenne. En mars 1920, elle organisa en secret avec ses codétenues le premier anniversaire de cette révolte. Refusant toute compromission envers les japonais, Gwan-sun force le respect dans l’acceptation de son destin et son sacrifice qui touche au sublime. 

100 ans de cinéma, 100 ans d’indépendance 

Ce n’est pas un hasard si le film est sorti en février 2019, soit 100 ans après le mouvement d’indépendance. 

A Resistance permet au spectateur occidental une plongée dans l’histoire contemporaine de la Corée, histoire que nous ignorons souvent hormis avec la fameuse guerre de Corée de 1950 à 1953 et le rôle des Etats-Unis. Il nous aide à saisir les enjeux du territoire coréen par rapport à la Chine et au Japon. 

A savoir que les relations entre la Corée et Japon ne sont toujours pas apaisées, notamment si l’on pense à l’épineuse question des “femmes de réconfort” auquel nous consacrerons un article (voir le film My name is Kim Bok-Dong)

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Le film évite tout de même le nationalisme hagiographique avec le personnage de Nishida, jeune coréen enrôlé volontairement dans l’armée japonaise, contrepoint parfait à la figure héroïque de Gwan-sun. Nishida représente ici une autre face des coréens de l’époque, une face peu représentée habituellement, et qui met à mal l’idée que tous étaient résistants… 

La fin, douce amère pour le spectateur, nous explique d’ailleurs que si Gwan-sun décède deux jours après sa libération suite aux tortures et aux mauvais traitements, Nishida (ou du moins, ce qu’il représente) sera amnistié lors des procès de collaborationnistes à la fin de l’occupation japonaise après la seconde guerre mondiale. 

Un film sur la sororité

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Au delà des aspects historiques, ce qui nous a profondément marqué, c’est la mise en avant de la sororité entre ces femmes, unies dans la douleur de voir leur pays meurtri, mais aussi dans la perte d’êtres proches (ses parents pour Gwan-sun mais aussi le fils d’une codétenues). Les conditions de vie dans la prison sont évidemment catastrophiques, et le film nous montre à plusieurs reprises comment les détenues se protègent entre elles. 

Gwan-sun est déterminée, d’une force incroyable, et elle incarne cette révolte par son charisme et ses initiatives pour poursuivre même en prison, la révolte coréenne qu’elle a elle-même orchestrée dans son village. Mais il serait erroné de penser qu’elle est la seule dans ce combat : car si le film se concentre sur cette figure christique, il n’ignore pas le rôle des femmes plus ordinaires, emprisonnées elles aussi, et qui contribuent chacune à leur niveau à la propagation de cette révolte. A la fin du film, on voit par exemple un des personnages, Kim Hyang-Hwa, rejoindre le gouvernement provisoire coréen installé à Shanghai, manière pour elle de continuer le combat de son amie, restée en prison. 

Un film de prison

A Resistance s’inscrit, malgré tous ces éléments, dans la longue tradition des oeuvres sur l’univers carcérale. L’histoire est aussi celle d’une prisonnière atypique, qui s’élève dans la hiérarchie interne des prisonniers en brisant les règles des geôliers, d’un directeur sadique prêt à toute les vilennies pour mater les captives, d’un compte à rebours pour la libération où se joue une guerre idéologique… Autant de clichés du genre qui donnent encore plus de force à l’hommage commémoratif d’une figure nationale. Les choix de photographie et de chromatographie notamment jouent parfaitement sur ces deux tableaux : le film alterne passages en noir et blanc au sein de la prison et les passages en couleur lors des flashbacks et après la révolte pour l’anniversaire du Mouvement du 1er mars (événement conduisant à l’emprisonnement des protagonistes). Le noir et blanc est la tonalité de l’occupation, la couleur celle de la lutte et de l’espoir (une idée similaire se trouve dans le jeu vidéo The Saboteur). 

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A Resistance est donc un film protéiforme qui en dit autant sur la qualité du cinéma coréen que de son histoire. Un film excellent qui doit figurer sur les listes des amateurs comme des curieux. Un indispensable pour appréhender l’histoire du pays et une partie des enjeux géopolitiques actuels. 

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