Critique(5)

The Princess Bride & When Harry Met Sally, deux classiques intemporels – Un hommage à Rob Reiner

L’Âge d’Or des comédies romantiques est bel et bien derrière nous, mais les émotions qu’elles ont suscitées n’ont pas disparu, loin de là. Plus que des sorties attendues des mois durant, elles sont devenues un rendez-vous incontournable des fêtes de fin d’année. Qu’elles aient des titres tels que Casablanca ou The Holiday, ces chicks flicks ont réussi à surmonter l’épreuve du temps et être transmises d’une génération à l’autre. De nombreux acteurs leur doivent le succès de leurs carrières, certains réalisateurs aussi. Rob Reiner était l’un d’eux. En réalisant, entre autres, The Princess Bride et When Harry Met Sally, il est parvenu à s‘inscrire en force dans notre patrimoine culturel commun.

Copyright © 1987 – MGM
Copyright © 1989 – Colombia

The Princess Bride (1987)

Film d’aventure ou de romance ? Original ou pastiche surfait ? Sous-coté ou surcoté ? The Princess Bride est tout cela et plus encore. Modeste succès au box-office lors de sa sortie, il aurait très bien pu disparaître de la conscience collective, ne laissant que le souvenir furtif d’une histoire depuis longtemps oubliée, comme tant d’autres comédies de son temps. Cela était sans compter sur la passion des acteurs et des équipes de tournage, ni sur les fans si singulièrement attachés à cette œuvre.                                   

Un film hors de toutes cases

Dans ce film, Rob Reiner n’hésite pas à brouiller nos repères en alternant entre deux mondes très distincts : une chambre d’enfant tout à fait ordinaire, et un royaume pseudo-médiéval aux airs de fantaisie. L’intrigue suit un vieil homme, en visite à son petit-fils malade, qui lui lit l’histoire d’un jeune couple amoureux dont l’idylle commence avec leur séparation tragique. Un enlèvement, des héros charismatiques, une amitié incongrue, une succession de duels au sommet et bien d’autres : le conte regorge d’action et de retournements de situation. Le public est invité à vivre l’aventure auprès de personnages plus grands que nature. Le doux géant aux airs de poète, l’escrimeur déprimé consumé par sa quête de vengeance, la demoiselle capricieuse et colérique et le pirate gentleman au sarcasme mordant, sans parler du couple d’enchanteurs charlatans qui mériterait son propre long-métrage, tous sont pourvus d’un charme captivant. En nous incitant à nous attacher à chacun d’eux, même ceux affublés de l’étiquette de vilain, le réalisateur nous amène loin des conflits manichéens traditionnels. 

Copyright © 1987 – MGM

Un script mémorable au dialogue légendaire

Cet attachement est en grande partie dû au travail remarquable investi dans l’écriture du script. En effet, il est difficile de détester un resquilleur mythomane qui se tourne lui-même sans cesse en ridicule, un tortionnaire laconique qui prend un intérêt purement scientifique dans ses exécutions, et un héritier du trône couard et manipulateur, qui n’aime rien tant que le contrôle tout en râlant à tout bout de champ sur ses responsabilités. La futilité des pouvoirs en place ne pourrait pas être mieux représentée que par la présence d’un vieux roi visiblement sénile, et un archevêque avec une locution que personne ne peut espérer comprendre. Les protagonistes, Wesley, Buttercup, Inigo Montoya, Fizzik, ne sont, bien entendu, pas en reste. Tour à tour, les acteurs se voient offrir le temps et l’espace nécessaires pour s’approprier pleinement les arcs narratifs, humoristiques et émotionnels, de chacun de leurs personnages. Le “Hello, my name is Inigo Montoya. You killed my father. Prepare to die” (“Bonjour, je m’appelle Inigo Montoya. Tu as tué mon père. Prépare-toi à mourir.”) n’est que l’un des nombreux exemples d’improvisation et répliques cultes qui, à ce jour, continuent à incarner l’essence même de l’histoire. 

Suite au succès de The Princess Bride, réaffirmé par les grandes ventes de cassettes vidéo des années suivantes, Rob Reiner a persévéré sur sa lancée avec son prochain projet, acclamé tant par le public que par la critique. 

When Harry Met Sally (1989)

Nominé aux Golden Globes pour son script et récompensé aux American Comedy Awards pour les performances de ses deux acteurs principaux, Billy Crystal et Meg Ryan, When Harry Met Sally a, dès sa sortie en salles, aussitôt atteint le statut de “cult classic. L’intrigue est centrée sur Harry, Sally et la question qui définira leur histoire : les hommes et les femmes peuvent-ils réellement forger une amitié sincère, et ce, sans tension sexuelle sous-jacente ? À force de rencontres inopinées, ils se retrouvent sans cesse et finissent par devenir inextricablement liés l’un à l’autre, pour le pire… et pour le meilleur !

Une histoire d’amour mouvementée

Chaotique, leur relation est rythmée par les disputes et les réconciliations. Finement illustrée par leurs échanges verbaux, elle l’est aussi par la variété des lieux et des circonstances de leurs retrouvailles. Une première rencontre initiée par un voyage en covoiturage de Chicago à New York City, une deuxième lors d’un vol commercial entre deux aéroports quelconques. Ces deux inconnus ne font littéralement que se croiser, dans tous les sens du terme. Ce n’est que lorsqu’ils trouvent un terrain d’entente, que leurs théories sur l’amitié homme-femme s’accordent, que la frénésie qui caractérisait leurs interactions se calme enfin. 

Le passage du temps tranquille est représenté par un superbe travail sur les couleurs et les lumières propres à chacune des saisons. Été comme hiver, ils partagent constamment l’écran. Quand leurs emplois du temps les séparent, ou même lorsqu’ils sont en rencard, ils n’ont que le nom de l’autre sur les lèvres. Leur distance physique et émotionnelle ne se manifeste que lorsqu’apparaît, en douce et successivement, la possibilité qu’une romance se développe entre eux. 

Copyright © 1989 – Colombia

Une affection réciproque exprimée de façon diamétralement opposée

D’une pause café à la table d’un restaurant à l’installation chronophage d’un immense tapis dans le salon de Harry, leur intimité croissante est astucieusement mise en scène par l’évolution de leurs lieux de vie. 

Harry, cynique et pessimiste professionnel autoproclamé, est toujours le plus franc, autant par l’expression de ses opinions que de ses émotions. Il ne manque jamais une occasion de les déclarer, quel que soit l’endroit où il se trouve dans l’instant présent. Par ses choix de mots, mais aussi son langage corporel, son attachement à Sally est évident. Cela se ressent jusque dans les quatre murs de son appartement : c’est elle qui l’aide à choisir son sapin de Noël et qui l’incite à s’acheter une machine de karaoké. Même par téléphone, c’est elle encore qui l’invite à s’installer confortablement sous le plaid, pour une séance nocturne partagée devant Casablanca.  

En revanche, c’est l’une des seules séquences où l’on voit son logement à elle. Passionnée et optimiste, Sally l’est toujours quand elle cherche à résoudre les difficultés sentimentales de ses amis. Attachée à sa vie privée, et réticente à s’engager dans une relation amoureuse par peur d’être à nouveau blessée, elle change du tout au tout quand il en vient à ses propres problèmes. Ce n’est qu’une fois la nuit tombée, ou submergée par les émotions, qu’elle se laisse enfin être vulnérable. 

Inspirée d’histoires vraies de couples américains, When Harry Met Sally nous apparaît comme une comédie romantique plus ancrée dans la réalité qu’on ne pourrait s’y attendre au premier abord. 

Le temps d’une séance de cinéma, Rob Reiner et ses équipes ont su nous faire rêver, et aspirer à vivre les aventures réelles et imaginaires de ces personnages qui nous sont devenus ô combien familiers. 

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