L’Amour c’est mieux que la vie : un hommage à une Aventure

Les trois A (l’Amour, l’Amitié et l’Argent) sont les trois principales préoccupations de l’humanité. Pour en parler le plus simplement possible, Gérard, Ary et Philippe ont fait connaissance il y a 20 ans, à leur sortie de prison, et se sont tout de suite posé la vraie question : et si l’honnêteté était la meilleure des combines ? Aujourd’hui, ils sont inséparables et scrupuleusement vertueux… Mais Gérard apprend qu’il souffre d’un mal incurable. Le sachant condamné, Ary et Philippe veulent lui offrir sa dernière histoire d’amour… car Gérard a toujours répété que l’amour c’était mieux que la vie.

Du bruit ça tourne !

Depuis les années 60, Claude Lelouch nous démontre ses qualités de metteur en scène. Du haut de ses 50 films, le réalisateur français s’est imposé comme une figure du cinéma européen et mondial. Son influence s’étend outre-atlantique tellement ses films ont marqué la culture et tellement sa patte de cinéaste est particulière. Il revient en 2022 avec L’Amour c’est mieux que la vie, un long métrage signant son retrait du cinéma. Le premier opus d’une trilogie clôturant plus de 60 ans de carrière s’apprête à sortir sur nos écrans. Si les caméras françaises étaient très portées sur la crise du coronavirus ces deux dernières années, les productions se sont faites petites, passant presque inaperçues pour la plupart. Alors quand le “reporter” le plus connu du cinéma français revient avec un film, c’est avec fracas. Pour tirer sa révérence, Claude Lelouch nous offre une histoire qui lui trotte dans la tête depuis un moment, l’amour étant essentiel pour le réalisateur il en fait ici un point culminant : “j’ai raconté plein d’histoires d’amour dans mes films et je pensais que le moment était venu de les affirmer : c’est peut-être quand on radote qu’on est le plus sincère… car on est de plus en plus convaincu de ce que l’on dit. » . Depuis maintenant plusieurs films, le réalisateur parsème ses titres du mot “vie”: Chacun sa vie, Les Plus belles années d’une vie et L’Amour c’est mieux que la vie. Le cinéaste se justifie : « parce que la vie est un immense scénariste… et que je travaille avec elle. Ce qui m’intéresse, c’est de la reconstituer en demeurant plausible. J’ai besoin de croire aux histoires. Une des scènes du film les plus compliquées à filmer fut celle où les deux copains rencontrent Sandrine, qui dirige une agence d’escort-girls, pour acheter l’histoire d’amour. Je voulais qu’on y croie alors qu’elle est totalement invraisemblable sur le papier. Si je la rends crédible, c’est gagné. ». Le réalisateur se positionne en tant que reporter de la vie, c’est la vie qui lui écrit ses scénarios. C’est elle qui lui souffle à l’oreille tout ce dont il a besoin pour faire ses films. La vie est une inspiration sans fin.

It all comes to an end … 

On dit souvent que c’est l’expérience qui façonne les compétences, que c’est en essayant que l’on s’améliore. Si l’on part de ce principe, le dernier acte devrait être le meilleur, l’aboutissement d’une carrière, d’une vision. L’Amour c’est mieux que la vie n’est pas cela, en tout cas ce n’est pas ce que j’ai pu ressentir quand j’ai parcouru les images que le réalisateur nous a offertes. Je n’ai pas ressenti le film comme une consécration et je ne pense pas que c’était le but recherché. Si L’Amour c’est mieux que la vie est le premier film d’une trilogie qui clôture la carrière d’un grand nom du cinéma français, ce n’est pas pour rien. Tout est travaillé comme étant un point de sortie d’un homme, que ce soit de l’esthétique très resserrée de Paris qui ne dévoile que le strict minimum de ces belles courbes, ou encore le scénario qui ne divulgue que ce qui est nécessaire. Le film que j’ai vu est une histoire douce et tendre mélangeant les différents objectifs d’une vie : l’amour, l’amitié et l’argent. Si l’histoire parle à tout le monde, c’est parce que le casting fonctionne. Comme souvent sous la direction de Claude Lelouch, les acteurs ne semblent pas jouer, ils semblent être captés directement dans leur intimité. Gérard Darmon nous offre une prestation touchante d’un malade proche de la mort. Pour dire adieu au cinéma, Lelouch nous offre de magnifiques retrouvailles, avec L’Amour c’est mieux que la vie, Claude Lelouch filme de nouveau plusieurs comédiens et comédiennes qu’il connaît bien, qu’il a déjà fait danser à l’écran par le passé. Parmi eux/elles, nous pouvons citer Sandrine Bonnaire qu’il a dirigé sur Salaud, on t’aime, Philippe Lellouche qu’on retrouve dans Chacun sa vie et La Vertu des impondérables, Béatrice Dalle qui a tourné dans La Belle histoire, Chacun sa vie ainsi que La Vertu des impondérables, Ary Abittan avec La Vertu des impondérables, Elsa Zylberstein dans Chacun sa vie, La Vertu des impondérables et Un + Une, et enfin surtout Gérard Darmon qui a joué dans Il y a des jours… et des lunes, Chacun sa vie, À nous deux, Tout ça… pour ça ! et La Belle histoire.

Put your mask back on !

Depuis deux ans le monde est touché par une pandémie qui touche tous les niveaux. Le cinéma en fut profondément victime. Dans la plupart des pays, les salles obscures ont été mises sous verrou pour ne pas propager le virus. Les tournages ont dû, pour la plupart, prendre congé par mesure de sécurité. Pour combattre le virus, l’image qui s’accorde pratiquement partout est le port d’un masque, là où la plupart des productions s’accordent à ne pas mettre ce motif à l’écran, Claude Lelouch parsème son film avec, il nous montre un monde en proie au danger. Le film, en ce sens, est à la limite du reportage, il s’ancre dans la réalité du spectateur qui reconnaît son quotidien dans les gestes que la caméra capture : le fait de mettre son masque quand l’on sort de chez soi, le fait de se laver les mains de gel hydroalcoolique fait écho à ce que la situation sanitaire nous impose. 

Ce nouveau long métrage s’inscrit dans son temps, en plaçant des images d’archives d’événements récents, il devient l’étendard d’une génération. Au-delà de l’histoire que le film nous raconte, il se place comme un véritable reportage photographique d’une crise.

Le tournage a été marqué par les circonstances sanitaires en 2020. Claude Lelouch rapporte : « J’ai passé ma vie à m’adapter, aux événements, aux gens, aux acteurs, à la météo… Le film s’ouvre par un tour du monde pour aboutir à un huis clos à Montmartre ! Ce n’était pas prévu. À l’origine, nous devions partir en croisière sur un bateau pendant plusieurs jours : nous sommes tous prêts et nos papiers validés. Nous faisons les derniers tests… et la veille du départ, notre maquilleuse est atteinte de la COVID. Nous devenons tous cas contacts. Mon directeur de production me dit qu’il faut annuler et que le bateau part sans nous. Si la pandémie s’est raccrochée au film, il faut l’intégrer à l’histoire. Nous réécrivons tout en 24 heures, dans la nuit. » . Le film qui est alors proposé est un film qui vit avec son temps, l’histoire est en constante évolution. L’image que le réalisateur nous propose est marquée par les stigmates de son temps. Le réalisateur nous montre qu’un scénario peut être en évolution constante et qu’il communique sans cesse avec la réalité. Le plus grand tour de force du film, c’est qu’il est lui-même la preuve que dans la vie on s’adapte.

The Show Must Go On !

Avec ce film, Claude Lelouch démontre un tour de force majestueux au cinéma. Il montre que la vie est une fête, qu’il faut la célébrer. Il montre aussi que malgré les difficultés, les épreuves qu’elle nous met sur le chemin, il faut les surmonter pour en sortir plus grand. Je pense que ce film s’est élevé au travers des épreuves qu’il a subi, je ne sais pas ce qu’il en était du film avant sa transformation, avant que le pandémie ne s’en mêle, mais ce que je sais c’est que le film que j’ai pu voir est sublimé par son histoire. Alors oui je vous dirais d’aller voir ce film, pas parce qu’il renouvelle le genre, mais parce qu’il sublime le quotidien dans lequel nous sommes emprisonnés depuis maintenant deux années.


Retrouvez notre interview de l’équipe du film ici !

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