Critique du film Motel Rose & Cocoon et du film Princesse Aya

Soirée animation : Cruauté et conte pour enfant : Motel Rose & Cocoon – Yeo Eun-a, 2018 & 2015, Princesse Aya, Lee Sunggang, 2019

Deuxième jour du festival, retour à la réalité de la cruauté du cinéma coréen ! 

Le vendredi nous avons eu la chance de voir trois films d’animation coréens, tous trois en avant-première internationale, dont deux films d’animation de la même réalisatrice, Yeo Eun-a, qui nous a généreusement accordé une interview ! 

Cocoon & Motel Rose

On commence la soirée avec Cocoon : le filmraconte l’histoire de Mina et de sa vie avec sa mère, relation toxique et mortifère, dont vous anticipez déjà la fin. Il est difficile de pitcher le scénario sans dévoiler le twist final. Le film dure 13 minutes et est intégralement en noir et blanc, avec très peu de dialogues. Ce court-métrage est une bonne introduction à l’univers de Yeo Eun-a, qu’elle a eu l’occasion d’explorer plus en avant avec Motel Rose

Motel Rose quant à lui raconte l’histoire de Mina (même prénom mais personnage totalement différent selon les mots de la réalisatrice) et Hannah, deux (très) jeunes filles qui vont aller travailler dans une maison close vétuste pendant leurs vacances scolaires. Toutes deux sont fan d’une idol, Rose, personnage fictif vendant maquillage, vêtements, chaussures et autres accessoires, tous très girly et romantiques. Si Mina y travaille comme aide-ménagère pour aider sa famille, Hannah compte bien se prostituer pendant le temps des vacances et peut-être devenir elle aussi une idol

Le film se révèle être d’une cruauté rare et d’une violence incisive, à la fois visuellement (malgré une inspiration d’anime manga classique) mais aussi dans son propos, dans ce que la réalisatrice dénonce de la vie des femmes coréennes. Si on avait déjà eu un aperçu de cette violence avec Microhabitat, Motel Rose, par son approche fantastico-horrifique en rajoute une sacrée couche. Chaque personnage est l’incarnation d’un péché capital (on a pas trouvé la paresse, mais tous les autres y sont) et se retrouve prisonnier à la fois physiquement mais aussi psychologiquement. Tout se construit comme un immense piège qui ne peut que se refermer sur les personnages, aveuglés par leurs illusions et leur soif de liberté. 

Cocoon est plus expérimental, mais les thèmes chers à Yeo Eun-a semblent déjà présents, en sous-texte : la famille, l’enfermement, l’envie de s’échapper, la violence masculine et celle de la société, l’horreur qui jaillit de situations ordinaires (l’histoire de Motel Rose est issue d’un fait réel) composent un tableau glauque et pessimiste de notre monde que l’animation tend à la fois à atténuer mais qui permet aussi à Yeo Eun-a de glisser des éléments de fantastique et d’horreur. Le style graphique, proche de croquis au fusain, renforce l’aspect surnaturel du récit qui se veut une allégorie des relations toxiques que subissent les jeunes filles coréennes. On oscille entre Kafka (référence avouée de la réalisatrice) et Edgar Allan Poe. 

Motel Rose se démarque de Cocoon non pas dans les thèmes abordés mais dans son esthétique : coloré, bavard, visuellement plus attrayant et moins cru que le précédent. Le style s’adapte à son sujet : ainsi, pour  dépeindre le monde de la prostitution et le relier à celui fictif de l’idol Rose, le recours aux couleurs, à la fois criardes et flashy, était un détour nécessaire, contrairement à Cocoon, dont l’univers est plus resserré, nécessitant moins de détails. Dans Motel Rose, l’effet de réel est bien présent : tout est crédible dans ce monde, même le plus tragique. 

La soirée s’est terminée avec le dernier film d’animation : Princesse Aya.

Princesse Aya

Princesse Aya est un film d’animation en cell-shading 3D réalisé en 2019 par Lee Sunggang. Il raconte l’histoire d’Aya, princesse du Royaume Sabi, victime d’une malédiction la condamnant à se transformer en animal sauvage. Elle la cache grâce à un bracelet magique fait à partir d’une feuille de l’équivalent de l’arbre Mojo dans Zelda (le film ressemble souvent à des cinématiques de Breath of the Wild) et peut ainsi vivre sa vie de princesse. Mais un conflit latent mené par le royaume Vatar menace le Royaume Sabir, et la seule solution pour empêcher la guerre est qu’Aya épouse le cruel prince de Vatar, le Prince Bari… 

Une fois n’est pas coutume, Princesse Aya est un film pour enfant, qui n’est pas sans nous faire penser à un Disney coréen : princesse à l’esprit indépendant, personnages orphelins élevés par leurs oncles, acolyte animalier humoristique, méchants qui disparaissent dans les flammes, chansons, tout y est. Les personnages principaux sont d’ailleurs doublés par les chanteurs de K-pop Baek A-yeon et GOT7’s Park Jin-young. 

Si l’animation est un peu à la traîne sur certain passage de foule et manque parfois d’inventivité, le film reste de bonne facture et saura plaire aux adultes comme aux enfants. Prenant la forme du conte, on devine assez bien le déroulé des événements, sans que cela ne devienne pour autant ennuyeux. Le décor est atypique – au moins pour un public occidental – ce qui aide à renouveler en quelque sorte le genre. Prenant place dans un monde fictif, distant dans le temps comme dans l’espace, on passe de la forêt luxuriante au désert aride, dont le rendu est plutôt convaincant. Cet univers de conte mériterait des développements plus approfondis que ce soit au niveau de l’histoire des différents royaumes aux éléments magiques et leurs fonctionnements notamment par rapport à la mémoire du sang animal. Grâce à tous ces éléments, Princesse Aya prouve le potentiel très fort du cinéma coréen et sa capacité à assimiler les codes des différents genres sans perdre pour autant son identité. Si le domaine de l’animation est dominé par l’affrontement Disney/Ghibli avec l’outsider Dreamworks épisodiquement, il serait plus que souhaitable de voir de nouveaux acteurs prendre plus d’importance et offrir plus de diversité. En matière de cinéma, on est jamais trop nombreux

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