Critique du film Tous les dieux du ciel

Tous les Dieux du ciel de Quarxx

Tous les dieux du ciel de Quarxx avec Jean-Luc Couchard, Mélanie Gaydos, Thierry Frémont, Zélie Rixhon. Production : To be Continued & Tobina Films – Distribution : Films Boutique

Tous les dieux du ciel est un projet que je suis depuis un sacré moment, et qui me fait envie depuis autant de temps. Je l’ai découvert par le biais de Mélanie Gaydos, modèle engagée pour la cause bodypositive et contre la discrimination envers les personnes handicapées, qui joue le rôle principal féminin du film. Intriguée par ce film de genre français qui avait l’air onirique, poétique et dérangeant, j’ai pourtant dû attendre plusieurs mois avant de pouvoir le voir puisqu’il n’a été distribué que dans quinze salles en France. Merci au Fifigrot et à l’American Cosmograph de nous avoir permis de le voir. Car ce film est une pépite, un véritable ovni dans le paysage cinématographique français. Et qu’est ce que ça fait du bien. 

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On y suit Simon qui travaille dans une usine de métallurgie et vit seul dans la ferme familiale tombant en ruine avec sa soeur Estelle, lourdement handicapée à cause de lui. Seul et malade, il s’enferme dans une agressivité de plus en plus poussée, ne portant son espoir que dans les fameux “dieux du ciel” qui donnent leur titre au film. 

Rien de bien révolutionnaire en terme de discours, on est sur du classique “méfiez vous des apparences” et autres banalités. Pourtant, la manière dont le film est composé empêche la banalité. Tous les Dieux du Ciel réinvente ce propos sur “le monstre n’est jamais celui que l’on croit être” à grand renfort d’emprunts au cinéma fantastique, au cinéma d’horreur, mais aussi à la tragédie familiale. Lors de la rencontre orchestrée par le cinéma l’American Cosmograph à Toulouse, Quarxx a d’ailleurs dit “ne pas avoir voulu faire un film de genre”. On l’y a catalogué, mais sa volonté était avant tout de raconter une tragédie familiale et humaine, de conter la solitude, les angoisses. 

© L’écran

D’où l’idée pour lui de caster Mélanie Gaydos d’ailleurs. Il cherchait depuis longtemps une actrice qui incarnerait le drame, qui porterait en son corps les traces de souffrances, mais qui réussirait à être assez solaire pour irradier le film et réussir, à la fin, à surmonter cette apparence. Mélanie, dans son combat quotidien, incarne déjà tout cela. Quarxx nous a d’ailleurs confié qu’elle a refusé de nombreux scripts au cinéma, mais a tout de suite accepté celui de Tous les Dieux du Ciel, car il s’agissait du rôle qu’elle attendait pour se lancer au cinéma. Et il est vrai que par sa simple présence, Mélanie inonde le film. Muette, paralysée, elle est pourtant incroyable et terriblement expressive. La scène où elle se fait maquiller par Zoé est déchirante, une petite perle d’émotions pure suspendue dans l’irréalité du film.

© To Be Continued 2019

Mais si Mélanie Gaydos est clairement le meilleur élément du film, force est de constater que Jean Luc Couchard dans le rôle du frère paranoïaque et dépressif est tout aussi excellent. Une incarnation tout en force et en tripes qui prouve qu’il peut aller au delà des rôles comiques pour lequel on le connaît principalement. Et la petite Zélie Rixhon, qu’on avait déjà pu voir cette année dans L’incroyable Histoire du Facteur Cheval, est absolument ahurissante. Une telle maturité de jeu à son âge, ça ne se croise que chez des Natalie Portman période Léon. Si sa carrière est à la hauteur de son talent, il faudra compter sur elle comme vedette internationale dans les prochaines années sans faute. 

Il est à noter d’ailleurs que Quarxx a reçu une formation artistique et plasticienne avant d’être cinéaste. Influences qui ressortent énormément de la composition de ses cadres et du choix de ses couleurs. C’est bien simple, Tous les Dieux du Ciel est un régal visuel où chaque plan est travaillé comme un tableau. Un onirisme inattendu au milieu de tant de noirceur, qui font basculer le film dans le registre du merveilleux. Le film est terriblement violent, souvent sanguinolent, mais jamais gratuit ni vulgaire dans ce qu’il montre. Au contraire, tout y est prétexte à développement poétique. 

Quarxx a un talent certain pour filmer la monstruosité humaine sans tomber dans le glauque. Le film prend souvent des allures de fables, et la poésie presque naïve de l’ensemble empêchent le discours d’être misanthrope. Le film, à l’image de son personnage principal désoeuvré mais cherchant à racheter sa conscience, est porté par de bons sentiments qui offrent à l’ensemble une allure de parcours de rédemption initiatique bien loin du nihilisme que l’on pourrait attendre du genre. 

Alors oui, le film n’est pas parfait. On peut regretter des pistes scénaristiques avortées trop tôt (la relation entre Zoé et Estelle, la présence des voisins), quelques longueurs en milieu de film ainsi que des jeux d’acteur parfois limite (l’assistante sociale à la fin réussit l’exploit de ne sortir aucune réplique de manière juste). Mais l’ensemble est si original, si frais dans le paysage cinématographique français, si beau, si poétique, tout en étant profondément cruel et choquant par moments, qu’on ne peut que saluer l’existence de ce film. Et à titre personnel, je suis heureuse de vivre à une époque où j’ai la chance de pouvoir découvrir de tels petits bijoux à l’écran. 

Dolores

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